Rencontre avec Katja à Kiryat Ti’von

On roule dans le désert du Néguev, après voir traversé la frontière entre Aqaba et Eilat.

On roule dans le désert du Néguev, après voir traversé la frontière entre Aqaba et Eilat.

On est arrivés en Israël par la frontière Sud du pays, celle qui relie Aqaba, en Jordanie, à la ville d’Eilat. On devait se rendre en premier lieu rencontrer Ben Grafi à Sderot, la ville la plus au sud sur notre trajet. Mais c’est aussi une ville située très près de la bande de Gaza. La journée où on a traversé la frontière, le 14 novembre 2012, l’état hébreu a tué le chef militaire du Hamas, le parti au pouvoir à Gaza. Les hostilités se sont donc multipliées entre les deux camps, et la ville de Sderot recevait plusieurs missiles par jour. Les écoles – dont l’université où étudie Ben – ont été fermées et Ben est parti plus au Nord, à Jérusalem, le temps que le conflit s’estompe. Nous avons donc nous aussi mis le cap sur le Nord pour rendre visite à Katja Robert à Kiryat Ti’von.

Katja, c’est la fille de Monica Robert, une ancienne collègue de ma tante Claire Lévesque. Avant sa retraite, Monica était comptable pour la compagnie où Claire travaille comme réceptionniste. J’ai directement pris contact avec Katja par courriel. Katja a tout d’abord cru que mon courriel était un pourriel, du genre « veuve de Côte-d’Ivoire doit léguer sa fortune »… Mais avec un peu de chance, elle l’a lu, et m’a répondu qu’elle et sa famille seraient enchantés de nous recevoir.

Katja est d’origine française, mais est arrivée au Québec quand elle avait 15 ans. Elle est venue en Israël pour la première fois à l’âge de 20 ans pour y travailler dans un kibboutz, ces types de communautés autogérées typiquement israéliennes. Elle s’est donc installée pour y faire du bénévolat près de la mer de Galilée (qui est en fait un lac), et y a rencontré Tal, son mari. Aujourd’hui, elle travaille pour le Galilée Institute, un organisme qui organise des formations spécialisées à l’international. Elle est aussi naturopathe et réflexologue. Tal, pour sa part, est professeur d’arts martiaux.

Les quatre enfants, âgés entre 10 ans et quelques mois, parlent tous hébreu (à part le plus petit qui ne parle pas encore!). Leur mère leur parle spontanément en français la moitié du temps, ce qui fait que les deux plus vieux le parlent et le comprennent. Le père, Tal, parle hébreu et anglais, mais pas français.

Katja et ses trois garçons lors de la cérémonie scoute de Noam.

Katja et ses trois garçons lors de la cérémonie scoute de Noam.

On est arrivés le soir de la cérémonie scoute de Noam, l’aîné. Un parc, une banlieue, des jeunes qui crient, des familles, l’odeur de gazon mouillé, tout ça nous a rappelé, à Mathieu et à moi, un peu de notre jeunesse lavalloise, tel un rassemblement un soir d’été au Centre de la Nature. Des visages occidentaux, des enfants disciplinés, un environnement propre; à part la langue (l’hébreu), on se serait cru dans n’importe quelle ville d’Europe ou d’Amérique du Nord. Ce n’est qu’en sortant du rassemblement qu’on a trouvé une différence majeure : au Centre de la Nature, il n’y avait pas… Des gardes armés de mitraillettes! Oui, chaque fois qu’il y a des regroupements, et même quand les enfants partent en randonnée avec l’école, il doit y avoir au moins un garde armé… Au cas où quelque chose arriverait. Paranoïa, ou nécessité? Est-ce que des Palestiniens kamikazes iraient se faire exploser au milieu d’un groupe scolaire, d’un rassemblement scout? On s’est posé la question, je n’ai pas de réponse. Paradoxe que nous faisait remarquer Katja : ce sont souvent des Arabes qui sont responsables de la sécurité.

On a mangé nos premières dattes fraîches israéliennes, qui provenaient de la coop bio du quartier… Un délice! Pour moi, avoir des fruits et légumes frais, du soleil et des chaudes températures, en plus d’un environnement occidentalisé, propre et civilisé, c’est le paradis. En tant que Québécoise, la vie qu’ils mènent semble rêvée. Si seulement ce pays pouvait cesser la guerre… Car la peur revient, année après année, pendant certaines périodes. La peur que papa se fasse appeler par la réserve de l’armée en cas de conflit, la peur que les missiles proviennent d’ailleurs que de Gaza et touchent le Nord plutôt que le Sud (comme c’était le cas en 2006, pendant la guerre avec le Liban). Abris antibombes, guerres, ennemis, mitraillettes, tout ça fait partie du quotidien des enfants. Mais ce qu’il faut comprendre ici, c’est que pour eux, c’est normal. C’est notre réalité d’Occidentaux, sans guerre, missiles, alarmes, ennemis, qui ne l’est pas.

Liam, le deuxième des quatre enfants de Katja et Tal

Liam, le deuxième des quatre enfants de Katja et Tal.

On s’est fait réveiller à 6 heures du matin par une chanson pour enfant en hébreu qui parlait d’hippopotames, comme quoi même si la moitié du pays reçoit des missiles, la vie continue comme si de rien n’était. Et il le faut bien!

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